Le départ en vacances des Français : une injustice sociale en progression
Les données sur le départ en vacances des Français ne sont pas aisément accessibles pour plusieurs raisons : confusion entretenue entre ce taux de départ et l’accueil de touristes étrangers, absences de chiffres «officiels» sur le non départ et études qui ne prennent pas en compte les mêmes paramètres. Néanmoins quelques grandes tendances sont tout à fait révélatrices : 1950 : moins de 15 % des Français partaient en vacances.
Ce taux de départ ne va cesser de progresser jusqu’à la fin des années 1990 où il va frôler les 70 %. Puis ce taux de départ ne va cesser de diminuer jusqu’à l’an passé pour difficilement dépasser les 60 %. Certains instituts spécialisés ont même annoncé seulement 50 % des Français en vacances l’été !
Ces données sont encore plus inacceptables au niveau des enfants puisque l’on constate que plus d’un enfant sur quatre ne part pas en vacances.
S’il ne fallait retenir que deux chiffres significatifs : plus de 20 millions de Français n’ont pas accès aux vacances, et 2 millions d’enfants ne quittent pas leur domicile, ne serait-ce qu’une nuit dans une année !
Et pourtant, partir en vacances, c’est, en principe la norme sociale : faire comme tout le monde. C’est un des grands marqueurs d’intégration sociale qui rythme la vie de tout individu. A l’origine, partir en vacances, c’était se reposer afin de reconstituer sa force de travail. Les temps ont bien changé. Les travaux « physiques », fort heureusement, sont de moins en moins nombreux.
Aujourd’hui, partir en vacances, c’est s’épanouir, personnellement, en famille, voire collectivement. On peut remarquer que les pratiques touristiques et de vacances, même si elles peuvent reposer sur des activités individuelles, ont un impact sur le collectif : la plage, le restaurant, les visites, les spectacles, les animations, etc. Ce sont donc des périodes particulièrement créatrices de lien social et même de mixité sociale à une période où toutes les formes de communautarisme (et principalement le communautarisme lié à la classe sociale) sont en forte progression. Ce sont aussi des activités ouvertes à tous les publics, y compris ceux en situation de handicap, même si beaucoup reste encore à faire dans ce domaine.
1936 bien sûr, avec l’instauration des congés payés. Cet acquis est fondamental pour la démocratisation des vacances :
non seulement les salariés se voient accorder 2 semaines de vacances, mais en plus, et c’est une vrai révolution, ces mêmes salariés vont être payés pendant cette période de vacances ! On peut remarquer que les congés payés n’étaient pas une revendication des mouvements sociaux des années 1930 tant ce principe d’avoir des vacances et en plus toucher un salaire pendant cette période, était inconcevable. Mais la seconde guerre mondiale va réduire à néant la société française. 1946 est sans doute l’année la plus marquante dans la démocratisation des vacances avec deux acquis fondamentaux, directement issus du Conseil National de la Résistance : la création des comités d’entreprise et la création des Caisses d’Allocations Familiales. On ne soulignera jamais assez le rôle qu’ont joué la Caisse Nationale d’Allocations Familiales et les CAF dans la démocratisation des vacances avec bien évidemment les comités d’entreprise. 1982 est une année aussi importante : instauration de la 5ème semaine de congés payés dont un des principaux objectifs est la démocratisation des « sports d’hiver » et aussi l’année de la création de l’Agence Nationale pour le Chèque Vacances. Et depuis 1982 ? Il faut bien admettre que depuis cette date aucune politique sociale notable n’a vu le jour en matière de démocratisation des vacances. Les taux de départ en vacances montrent d’ailleurs que nous sommes en régression depuis une vingtaine d’années.
Le tourisme social a joué un rôle essentiel dans la démocratisation des vacances. Il n’est pas exagéré de considérer d’ailleurs que c’est le tourisme social qui a permis la très forte progression du taux de départ en vacances des Français jusque dans les années 1990.
S’il ne fallait retenir qu’une seule raison d’être de ce tourisme social, ce serait celle de favoriser le départ du plus grand nombre. Ce tourisme est à l’origine de concepts copiés et développés : un tourisme privilégiant la famille dans son ensemble en libérant la mère de famille des tâches ménagères, un tourisme de qualité dans ses contenus : activités, animations, un tourisme créateur de lien social basé sur la mixité sociale, un tourisme acteur du développement local, enfin un tourisme créateur d’activité économique, mais dans le cadre spécifique de l’économie sociale plaçant donc la dimension humaine avant celle de l’économie proprement dite. Ce tourisme est multiforme dans la mesure où il a toujours reposé sur toutes les lignes de produit : vacances d’enfants et d’adolescents, tourisme de jeunes, vacances familiales, voyages à l’étranger, etc.
Ce qui caractérise aussi le tourisme social, c’est qu’il repose sur la complémentarité d’acteurs multiples dans le cadre de politiques sociales plus ou moins concertées.
Les comités d’entreprise ont joué et continuent de jouer un rôle essentiel dans la démocratisation des vacances, soit en étant directement organisateurs, soit en nouant des partenariats avec des organismes spécialisés (associatifs ou pas). Les Caisses d’Allocations Familiales ont également joué un rôle essentiel à plusieurs niveaux : en finançant la construction de centres d’accueil ou en aidant sous forme de « bons » vacances les séjours familiaux ou les séjours pour enfants et adolescents. Depuis quelques années, les CAF s’organisent au sein d’un dispositif national appelé VACAF. Rappelons que les aides des CAF sont essentielles dans la mesure où elles sont accessibles à partir de critères liés aux revenus, et donc sans être obligatoirement salarié.
L’Agence Nationale pour le Chèque Vacances, joue un rôle croissant dans la mesure où les autres financeurs voient leurs interventions diminuer. Aujourd’hui les chèques vacances sont aussi accessibles aux salariés des PME.
Autre partenaire important : les collectivités locales. Principalement les communes, mais également les départements et même certaines régions. Les différentes lois de décentralisation ont pu se traduire par des aides accrues, mais qui sont très variables selon les territoires.
Enfin, les associations qui jouent à la fois un rôle d’opérateur direct, mais également, par leur implantation, leur connaissance des différents acteurs et dispositifs, assurent aussi des fonctions politiques, y compris en termes de lobbying vis-à-vis des pouvoirs publics.
Un engagement politique et social
En matière de vacances, les politiques sociales des comités d’entreprise sont très variables et sont liées au contexte social de l’entreprise, l’environnement social, la formation politique des élus, etc.
Certains n’ont aucune action dans le domaine des vacances, d’autres se contentent de distribuer des chèques vacances, certains gèrent des patrimoines, ou négocient des conditions particulières pour leurs ayant-droits. On peut d’ailleurs noter qu’aucune obligation, voire recommandation n’existe sur un plan réglementaire ou légal. L’évaluation finale de l’action des élus est mesurée à la hauteur de leur réélection !
Pour autant, compte tenu du contexte de l’injustice sociale frappant certaines catégories sociales, et aujourd’hui de plus en plus les classes moyennes, un projet de mandature d’élu de CE pourrait fort bien être constitué sur les vacances et le tourisme.
Les besoins sont particulièrement importants, tant au niveau des vacances familiales ou pour adultes, que des vacances collectives pour enfants et adolescents.
Les activités de vacances et de tourisme sont des activités réglementées relativement complexes puisqu’elles croisent des secteurs différents, sans lien entre eux : règlementations sur le tourisme, la jeunesse, technicité des outils : transport aérien, difficultés accrues pour l’étranger, etc. On peut donc comprendre que certains élus hésitent à s’engager, seuls, y compris pour des raisons de responsabilités : par exemple les lois sur le tourisme précisent que c’est celui qui diffuse la prestation qui est responsable de sa bonne exécution !
D’autre part, on ne peut non plus ignorer les enjeux financiers particulièrement sensibles dès que l’on gère du patrimoine.
Une des questions les plus prégnantes pour certains responsables de CE est la gestion de leur patrimoine et ceci est d’autant plus vrai pour les CE qui gèrent peu de patrimoine (la grande majorité des CE). Il est quasiment impossible d’avoir la ou les formations nécessaires, en tant que responsable d’un CE, sur la gestion financière, le respect des différentes réglementations, l’élaboration de projets éducatifs, etc.
Aujourd’hui de nombreux responsables de comités d’entreprise doivent faire face à des problèmes d’entretien de leur patrimoine (datant des années 1970, voire antérieurs), leur adaptation aux évolutions qualitatives, leur mise en conformité avec les nouvelles lois sur l’accessibilité des handicapés, bientôt aux nouvelles normes de gestion écologique, etc.
D’autre part, le fait de disposer de peu de patrimoine impose aux ayant-droits de fréquenter annuellement les mêmes sites de vacances. Si la gestion des bâtiments est source de problèmes, comme la connaissance de multiples réglementations, il est également une question délicate, souvent peu abordée : c’est celle de la gestion des personnels affectés à ces patrimoines. On peut aisément comprendre qu’un élu de CE ne soit pas non plus préparé à exercer la fonction d’employeur…
Les données actualisées et précises sur les activités de tourisme social des comités d’entreprise manquent. Un nombre très réduit de comités d’entreprise dispose des moyens suffisants pour mettre en oeuvre, au quotidien, une politique de tourisme ou de vacances. Pour la très grande majorité des autres, c’est bien souvent un sentiment de solitude qui domine. Fort heureusement, des contacts locaux, une proximité avec un syndicat sont des opportunités à saisir dans la conduite des activités.
Il existe des possibilités d’appui et de conseil en matière de tourisme, notamment les regroupements de comités d’entreprise : les inter-CE. Ces organisations basées sur la mutualisation sont en plein essor. Preuve que ces regroupements répondent aux besoins exprimés par les élus des CE.
D’autre part, en matière de tourisme social, des associations de dimension nationale développent leurs activités avec une relation forte avec certains syndicats : ANCAV-TT, etc.
Enfin, des associations ont vocation à regrouper les acteurs du tourisme qui s’inscrivent délibérément dans l’économie sociale. On peut en citer au moins deux : l’UNAT (Union Nationale des Associations de Tourisme) pour le tourisme familial, les voyages solidaires, etc. et la JPA (Jeunesse au Plein Air) principalement pour les vacances collectives d’enfants.
D’autres ont des objets plus spécifiques, par exemple les questions d’éducation à la citoyenneté, comme la Ligue de l’enseignement.
Le tourisme, à l’origine une activité très élitiste. Dans l’inconscient populaire, le tourisme, les vacances, ce sont les images de 1936 liées aux acquis du Front Populaire, les premières pratiques de tourisme un peu « bricolées » : le transport à bicyclette, la tente sur le porte-bagages, la découverte de la mer, etc. 1936 marque bien la première forme de démocratisation de l’accès aux vacances, car avant cette date, le tourisme était une activité réservée à une infime minorité de la population, particulièrement aisée.
Le tourisme est un mot d’origine anglaise, construit à partir du terme « the tour » qui qualifiait un circuit en Europe, principalement celle du Sud : Côte d’Azur, Italie, Grèce, effectué par la bourgeoisie anglaise qui fréquentait les palaces et se déplaçait principalement en train, à la fin du XIXème siècle et jusque dans les années 1930. De nombreux romans d’Agatha Christie se déroulent dans ces lieux et cette ambiance. Les stigmates de cette forme de tourisme sont encore très visibles en France à partir de sites touristiques accessibles en train où les hôtels de luxe sont aussi présents : Deauville, Biarritz, Cannes, Nice.

• JPA : www.jpa.asso.fr
• La Ligue de l’enseignement : www.laligue.org
• UNAT : www.unat.asso.fr
• VACA F : www.vacaf.org
• ANCV : www.ancv.com
• ANCA V-TT : www.ancavtt.asso.fr
• VACANCES POUR TOUS : www.vacances-pour-tous.org
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