La loi du 27 décembre 1968 consacrera en effet la possibilité donnée aux syndicats représentatifs de former une section syndicale d’entreprise sur tous les lieux de travail et, dans les entreprises de plus de cinquante salariés, de nommer un Délégué Syndical habilité à négocier les accords d’entreprise. Relayant la crise estudiantine née sur le campus de la faculté de Nanterre, la crise sociale paralyse le pays en quelques jours, avec 7 millions de grévistes, soit plus de la moitié des salariés français. Pour arrêter la crise, le Premier ministre Georges Pompidou réunit dès le 25 mai les partenaires sociaux au Ministère du Travail, situé rue de Grenelle. Les protagonistes principaux sont le CNPF (Conseil National du Patronat Français), la CGT qui privilégie des revendications traditionnelles d’augmentations de salaire et de réduction du temps de travail et la CFDT qui défend des aspects tels que la reconnaissance du droit d’expression des salariés sur leur lieu de travail. Les accords sont signés le 27 mai, le soir même du meeting de la gauche au stade Charlety. Mais les grèves continuent, la crise devient plus politique, le Président annonce la dissolution de l’Assemblée Nationale. En juin, le travail reprend progressivement et les élections législatives confortent la majorité. L’été verra de nombreux accords de branche, reprenant dans les grandes lignes ceux conclus à Grenelle. Les accords de Grenelle portent d’abord sur le salaire minimum interprofessionnel garanti. Le SMIG, qui était basé sur l’indice des prix à la consommation et ne s’appliquait pas sur tout le territoire ni dans tous les secteurs, est alors généralisé et revalorisé de 35%, à hauteur de 600 francs par mois. Les salaires réels seront améliorés, en moyenne de 10%, cette augmentation étant étalée sur sept mois. Le temps de travail hebdomadaire légal revient à 40 heures ; les jours de grève seront payés à 50%. Le ticket modérateur de l’Assurance maladie est abaissé, répondant à une cause importante du mécontentement des ouvriers, les ordonnances de 1967 relatives à l’organisation administrative et financière de la Sécurité Sociale. Mais les conséquences les plus durables des accords de Grenelle porteront sur la formation professionnelle et la section syndicale d’entreprise. Les travaux sur le droit à la formation continue trouveront leur traduction concrète par les accords interprofessionnels de juillet 1970 instaurant la formation professionnelle rémunérée. Quant à la présence syndicale dans l’entreprise, elle aura parmi ses prolongements l’obligation annuelle de négocier au niveau de l’entreprise à partir de 1982 avec les délégués des organisations syndicales représentatives.